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Démarche artistique

Le point de départ de mon travail est le tableau et ses caractéristiques :
surface plane, légèrement en relief du mur sur lequel il est accroché, bien souvent recouvert de peinture et ayant un rapport frontal avec la personne qui le regarde. C’est à travers ce support que j’ai eu mon premier contact avec l’art. Plus tard est venue la découverte du Retable de Grunwald, qui fut une expérience très excitante. Le tableau pouvait alors être sculpté, manipulé. Il avait une fonction, on pouvait tourner autour en découvrant petit à petit des faces cachées. Dès lors, j’ai sans cesse été fascinée par les tableaux dans lesquels on peut entrevoir une possible sculpture comme les collages de Schwitters. Et à l’inverse par les sculptures dans lesquelles un tableau est sous jacent telles que les sculptures minimales de Donald Judd. La recherche d’un point de contact où la peinture devient sculpture et où la sculpture devient peinture est essentielle dans mon travail. Cette transformation me semble pouvoir porter sur de minuscules détails. Ceux-ci me font réagir physiquement. Où se trouve ce point ? Un tableau simplement penché contre un mur est-il une sculpture ? Une peinture posée au sol est-elle une sculpture ? Là sont les questions qui m’animent. Je souhaite désacraliser la peinture dans mon travail. Je joue avec le tableau, je le manipule, le transforme. Je le casse, le découpe, je l’étire et le torture. Je le sors de son cadre afin de proposer une expérience à la fois visuelle et physique. Le tableau passe d’un objet voué à être regardé à quelque chose de manipulable. Par l’installation je mets en avant la relation fusionnelle qu’ont les deux médiums dans mon esprit. Une petite expérience de l’étude de tableau m’a révélée la possibilité de jouer avec ce support. En étudiant la peinture devant moi, j’ai eu cette sensation de triturer l’œuvre. On tire des lignes imaginaires, on le découpe, on trace des cercles. D’avoir lue et entrevue l’œuvre à travers une expérience totalement physique, j’ai eu la sensation de pénétrer celle-ci. Depuis cette recherche formelle, je m’intéresse aux détails d’une image, d’un texte, d’une conversation ou d’un paysage. Je sélectionne de façon sensible le détail comme si j’avais un microscope et je soustrais à la manière d’un ébéniste la matière superflue qui l’enveloppe afin qu’il ne reste plus que l’expérience physique. Ce retranchement effectué, la peinture ou l’installation ne représente plus un sujet. Mais elles deviennent le sujet. Comme l’écrit Jerzy Grotowski dans son livre Vers un théâtre pauvre : « l’acteur doit se donner lui-même et ne pas jouer pour lui ou pour les spectateurs. Sa recherche doit-être dirigée de l’intérieur de lui-même vers l’extérieur, mais pas pour l’extérieur. » Du tableau naît une expérience et non une idée.

Alice Bertrand-Pereira, 2016

 

 

 

 

A travers le Retable, le tableau pouvait alors être sculpté, manipulé. Il avait une fonction, on pouvait tourner autour et en découvrir les faces cachées. Depuis, je conçois le tableau à l’échelle de l’installation où des formes peintes, placées tels des personnages, créés des mises en scènes théâtrales à l’intérieur desquelles une histoire se déploie.
Ce récit visuel et subjectif, conçu de contacts, de frottements, de frictions et de glissements s’appuie alors sur les liens tissés entre le lieu, les formes suspendues entrant en interaction avec les spectateurs et la propre composition de chacun à leur contact.

 

 

 

La peinture recouvre et colore, le tableau est un cadre. A l’intérieur de cette structure un récit fait d’éléments récoltés et entremêlés prend forme. Cette histoire subjective conçue de contats, de frottements, de frictions et de glissements se développe dans l’espace de l’installation mettant en lumière l’ambiguité et les points de cassures de notre système relationnel intime.

 

 

Mes peintures, je les envisage comme des personnages prenant vie dans les espaces avec lesquels elles entrent en relation.
Elles sont crées à partir de photographies de silhouettes en mouvement que je collectionne au gré des rencontres.
Ce matériau est ensuite retravaillé en traçant, superposant, découpant, en transformant, étirant et en assemblant afin de créer ces personnages informes et étranges composant des mises en scènes narratives.
Le récit visuel se développe sur les liens tissés entre le lieu, les formes suspendues telles des marionnettes et le récit subjectif de chacun à leur contact.

 

 

Après un long travail sur la forme à essayer de la contraindre au cadre, à l’empêcher de lâcher le format initial,
mes Fauves sont devenus forts, rebelles, violents et surtout joyeux, positifs et libres. C’est avec une grande jouissance que je les ai vu s’émanciper. Avec une rage animale, ils s’évadent et explosent dans l’espace laissant place à un nouveau tableau coloré, plus grand, plus aléatoire, et incertain.